Quelle place pour le sport dans notre société post-industrielle ?

Quelle place pour le sport dans notre société post-industrielle ?

http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-159760-sport-et-bien-etre-en-france-2022276.php#xtor=EPR-3038-%5Bnl_ideesdebats%5D-20160824-%5BProv_%5D-1394600%402

Quelle est la place du sport dans notre société post-industrielle ?

Notre rapport au sport a lentement évolué depuis les années 1936, date à laquelle l’éducation physique est enseignée à l’école. Aujourd’hui, la pratique sportive est plébiscitée par les Français pour son côté ludique, les sensations qu’elle procure, mais aussi pour le goût de l’effort et l’estime de soi. 

La France se doit d’être fière de l’héritage transmis par Pierre de Coubertin, visionnaire en matière d’activité physique dans sa composante éducative et pédagogique. « Le sport fait appel à la contrainte sur soi-même, au sang-froid, à l’observation… et relève de la psychologie autant que de la physiologie. En cela, il est un agent de perfectionnement moral et social », nous disait-il en 1922.

En ce mois d’août 2016, la France a remporté 42 médailles , dont 10 en or, palmarès très honorable, aux épreuves des Jeux Olympiques de Rio. Elle bat son record de médailles de Pékin. Cet événement avant tout ludique représente une opportunité pour nous interroger sur la place du sport dans notre société post-industrielle.

La naissance d’une civilisation des loisirs

Afin de pratiquer une activité physique, il faut avoir du temps libéré de toutes les formes de travail, et à ce propos les salariés obtiennent en 1936 deux semaines de congés payés en été. Cette année-là, Jean Zay , ministre de l’Education nationale, introduit la pratique de l’éducation physique dans les classes de premier cycle.

Au cours des années 1960, on voit émerger le concept du temps pour soi. On assiste à la naissance d’une civilisation des loisirs, et l’essor de la société de consommation conduit à une nouvelle vision d’un corps expressif et performant au sein d’une communauté démocratique dont l’objectif affiché est d’être égalitaire. Notre société post-industrielle est devenue individualiste, et l’affirmation de soi et l’épanouissement de la personne y apparaissent comme un élément fondateur.

Dans une telle optique, on observe que les hommes pratiquent plus souvent une activité sportive régulière que les femmes. Pour y remédier il faudrait inscrire l’activité physique scolaire comme un élément clé du cursus des élèves, de l’école primaire à l’université et améliorer le statut du sport féminin.

Les données nationales publiées par le ministère de la Jeunesse et des Sports nous indiquent qu’en 2010 , 47,1 millions d’individus soit 89 % de la population de 15 ans et plus ont pratiqué au moins une activité physique ou sportive sur un an, dont 65 % au moins une fois par semaine.

Certaines activités sont plus féminines comme la gymnastique, la danse, d’autres plus masculines et populaires comme le football, le vélo ou la boxe. Trois grandes activités y sont prévalentes dont la marche, la natation et le vélo.

Faire du sport pour soi

Les motivations qui poussent les individus à ces pratiques à caractère ludique sont la convivialité, le contact avec la nature et la recherche du bien-être au travers du goût de l’effort et du dépassement de soi.

On observe de nos jours l’émergence d’une logique qui privilégie l’esprit ludique et l’écoute des sensations procurées par une pratique sportive dans le temps consacrée aux loisirs. Il y a ici, de par la place accordée au plaisir et à l’écoute de tous les sens, la mise en évidence de motifs hédonistes et la création de nouvelles formes de liens sociaux par le partage d’expériences vécues au niveau collectif.

On se retrouve dans la nature, dans la cité, dans des espaces sportifs aménagés pour y partager des impressions, des sensations, des jeux du corps, voire des défis, en repoussant sans cesse nos limites. Plus encore dans les sports ludiques (randonnée, gymnastique, natation, ski) au sens du jeu libre, on retrouve des expériences corporelles intensément vécues et riches en émotions très éloignées d’une pure logique compétitive.

Nous savons aussi que le sport permet de modifier la perception de notre image corporelle et de celle que nous projetons vers les autres. Mais il n’est pas le simple déploiement du corps. L’apport récent des neurosciences nous montre que les activités physiques et musculaires développent certaines fonctions cérébrales, et notre corps, en se modelant, affine notre esprit.

Tous les sportifs connaissent à l’issue d’un effort prolongé l’effet positif des endorphines (neurotransmetteurs) sur le cerveau : une sensation de bien-être, d’émerveillement, une forme d’ivresse naturelle et bienfaisante. Soulignons enfin que certaines personnes handicapées se dressent pour atteindre des étoiles là où la plupart des personnes valides ne connaissent même pas leur existence.

Ici, le sport devient un magnifique terrain de résilience, permettant de recouvrer une estime de soi à l’issue d’accidents de la vie ou de maladies invalidantes conduisant au handicap. En un mot, le sport en tant qu’accomplissement de soi, en tant que compagnon de route, nous indique que nous sommes vivants, au travers de notre participation au monde.

Eliane Jacquot est économiste

Prev Le CA de SET le 29 septembre
Next LES RÈGLES DU CERTIFICAT MÉDICAL D’APTITUDE AU SPORT ASSOUPLIES